Au cours de la semaine du 10 octobre, le journal Métro publiait un article concernant l’augmentation du nombre  d’inscription à l’université. L’article mentionnait que les universités québécoises ont connu une hausse de 2,7% cette année par rapport à l’année dernière. Cette augmentation serait due à une hausse des inscriptions des étudiants étrangers.

 En effet, de nouveaux programmes ainsi que  les efforts accrus auprès des étudiants étrangers expliqueraient ce phénomène.  À l’automne 2011, le nombre d’étudiants étrangers a augmenté de 7,5 %.  On estime qu’ils seraient 28 011 à être  inscrits dans les universités québécoises. Selon Denis Brière, recteur de l’Université Laval, la hausse des inscriptions serait une bonne nouvelle, car le Québec serait en retard par rapport à l’Ontario en ce qui concerne le taux de scolarisation de sa population.

 

Pour autant, la hausse des inscriptions à l’université sera-t-elle pérenne? Entraînera t- elle l’augmentation du taux de scolarisation au Québec?

Or d’après Anne Gignaire (journaliste au journal Les affaires), cette hausse ne résoudra pas tous les problèmes. Le ministère de l’éducation prévoit en effet une baisse démographique des 20-24 ans, et donc des effectifs à temps plein, dès la rentrée 2015-2016. Cela équivaudrait à une perte d’environ 19500 étudiants sur l’ensemble des trois cycles de formation. Cette prévision est d’autant plus préoccupante que la concurrence internationale des universités fait rage. Le Québec tire son épingle du jeu en attirant un nombre croissant d’étudiants étrangers. Mais cela ne suffira pas. La province devra maintenir la qualité de l’enseignement, mais développer les activités de recherche pour pouvoir se mesurer aux universités européennes, américaines et japonaises, qui luttent pour attirer les étudiants étrangers sur leurs campus. (Les affaires du 29 octobre 2011)

Cette situation est d’autant plus inquiétante que la population active est en déclin, on pourrait craindre une pénurie de cadres formés au plus haut niveau, comme l’explique René Vézina, journaliste au  journal Les affaires: D’abord, la population active commencera à décliner dès 2013, au Québec. Depuis le temps qu’on parle de pénurie… les effets risquent d’être de plus en plus visibles. D’autre part, les économies développées requièrent des gens toujours mieux formés. Les cerveaux remplacent progressivement les bras. Au moins, si on pouvait faire le plein des forces existantes! Mais, sans le moindre diplôme, les candidats au travail sont souvent recalés vers des emplois de deuxième ordre. La société y perd au change. Avec des salaires moins élevés, ces personnes sont plus vulnérables aux contrecoups éventuels. Elles sont évidemment les premières à en souffrir. (Les affaires du 29 octobre 2011). 

Or, les récentes études menées çà et là font état de perspectives d’avenir alléchantes pour les diplômés universitaires. 

En effet, selon une étude menée par l’Association des universités du canada, 300 000 emplois destinés aux diplômés universitaires ont été créés au Canada, pendant la dernière récession. (Jobboom du mois d’octobre 2011). Certaines filières (sciences et technologie des aliments, génie alimentaire, travail social, éducation, etc.) offriraient, elles-aussi, des perspectives d’emplois certaines. Par exemple dans le secteur des TIC, le Conseil des technologies de l’information et des communications prévoit des pénuries de main d’œuvre dans ce secteur au cours des cinq prochaines années (Jobboom du mois d’octobre 2011),

Finalement, cette hausse des inscriptions à l’université suscite beaucoup d’interrogations.

Premièrement, les étudiants étrangers semblent vouloir poursuivre des études universitaires, malgré le fait qu’ils paient beaucoup plus cher leurs frais de scolarité que les étudiants québécois. Par exemple, pour le programme de baccalauréat en communication (7210) de l’UQAM, en date du 28 octobre 2011, un étudiant étranger payait 6 fois plus cher (8600.92$) les frais de scolarité par trimestre qu’un étudiant québécois (1429.37$). Pourtant, cela semble ne pas dissuader les étudiants étrangers  à étudier dans les universités de la province. Mais qui sont ces étudiants étrangers? Qu’est ce qui les caractérise? Qu’est ce qui les motive à rester dans un système où ils doivent payer leurs frais de scolarité 6 fois plus que les étudiants québécois?

Ensuite, quand on sait que les étudiants québécois paient six fois moins cher les frais de scolarité que leurs collègues étrangers et, compte tenu de l’ampleur des opportunités d’avenir citées plus  haut, comment comprendre qu’il n’y ait pas de hausse significative du nombre d’étudiants québécois inscrits à l’université? Le coût des études universitaires serait-il un obstacle pour ces étudiants québécois? Pourtant, il existe des dispositifs qui pourraient permettre à ces jeunes de pouvoir financer leurs études. Par exemple les prêts et bourses. Les dispositifs de financement des études sont-ils  suffisants pour inciter ou encourager les jeunes Québécois à intégrer le monde universitaire? Les programmes académiques seraient-ils devenus plus exigeants?

Enfin, il est certain qu’il faudrait que nos universités disposent de beaucoup de moyens, afin qu’elles soient plus compétitives face aux universités américaines, européennes, etc. Ainsi, l’État n’aurait-il pas intérêt à supporter cette hausse de frais des inscriptions à l’Université, plutôt que de faire endurer cette écharde aux étudiants?

 Le débat est ouvert et vos commentaires sont attendus avec impatience !

Constantin Tombet-Moupegnou & Anna Sylla