Entrepreneur en herbe : la relève entrepreneuriale Nord-Montréalaise bourgeonne !

Par Constantin Tombet-Moupegnou

Agent de développement en entrepreneuriat jeunesse. Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé.

 Le Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé, dont la mission est de favoriser l’intégration socioprofessionnelle des jeunes adultes âgés de 16 à 35 ans, a célébré avec succès le dévoilement des gagnants de la première édition du concours Entrepreneur en herbe. Ce, sous le haut patronage de Madame Bouchra Klaoua, sa directrice générale.

« Entrepreneur en herbe » est né, suite à l’observation d’une catégorie de jeunes de notre territoire quant à leur désir d’apprentissage ou la mise en œuvre de leurs projets entrepreneuriaux. Ainsi, le projet «Entrepreneur en Herbe» se veut être une activité qui vise à encourager, valoriser et récompenser les initiatives entrepreneuriales des jeunes du secondaire de notre territoire, et ce, une fois par an, sous la forme d’un concours, lançait Madame Marie-Smithe Michel, Agente de sensibilisation à l’entrepreneuriat au CJE Bourassa-Sauvé, et responsable du concours, dans son allocution prononcée au cours de la soirée du dévoilement dudit concours.

C’est un total de 18 jeunes du secondaire et participants aux organismes communautaires de Montréal-Nord, qui ont participé au concours Entrepreneur en herbe. 3 projets sur 5 se sont partagés la coquette somme de 1000$. Le premier prix d’une valeur de 500$ a été décerné aux jeunes du projet Rêves d’artiste chapeauté par l’Escale dont le but consiste en la réalisation d’un studio d’enregistrement mobile. Le deuxième prix d’une valeur de 250$ est revenu à la Catherine Ékoué de l’école Amos, pour son projet Le foyer d’Amos, dont la mission est de créer un dortoir pour des jeunes femmes monoparentales. Le troisième prix, enfin, d’une valeur de 250$ est revenu à la classe préambule II (adaptation scolaire) de l’école Calixa-Lavallée, pour l’organisation d’un voyage scolaire placé sous le signe de la consolidation des acquis des cours d’histoire sur le terrain.

Rappelons que tous les jeunes participants au programme Sensibilisation à l’entrepreneuriat se sont illustrés par leur persévérance, ainsi que le caractère innovateur de leurs projets, malgré leur jeune âge. On peut, dans ce cas, parler de la maxime de Pierre Corneille : aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années.

Ces jeunes se sont résolus d’entreprendre, en dépit d’un contexte social et économique difficile. Cette situation difficile se singularise par trois facteurs essentiels : l’intention d’entreprendre, le taux de chômage élevé à Montréal-Nord, l’image tronquée concernant les jeunes de l’arrondissement de Montréal-Nord et celle dévolue aux entrepreneurs.

Facteurs socioéconomiques

Le premier facteur se rapporte à l’intention d’entreprendre. Une Co-étude menée parla Banquede développement du Canada (BDC) et la Fondationde l’entrepreneurship en septembre 2010, révèle que l’intention d’entreprendre au Québec est de 6.9% contre 11.1% en Ontario et 16.9% en Colombie-Britannique. Autrement dit, il ya 2 à 3 fois moins de personnes qui ont l’intention d’entreprendre au Québec, comparativement à l’Ontario et àla Colombie-Britannique.

Ceci est d’autant plus patent que Réné Vézina, journaliste au journal « Les affaires », confirme que les jeunes intéressés à se lancer en affaires ne suffiront pas à la tâche, tellement il y aura de patrons baby-boomers sur le point de partir. D’ici 2018, on estime qu’ils seront 55 000 à quitter la direction de leur entreprise, et qu’à peine 30 000 personnes prendront la relève. Solde net : – 25 000. C’est beaucoup. Trop pour maintenir une économie solide. (La relève entrepreneuriale existe, je l’ai rencontrée. Les Affaires. 21-05-2011). C’est peu dire, que d’affirmer que la situation est préoccupante.

Le deuxième facteur est lié à un taux de chômage de 12.5% à Montréal-Nord contre 8% pour le reste de l’île de Montréal. Il atteint des proportions époustouflantes de 15,7 % chez les jeunes de 15 à 24 ans. À ce taux de chômage s’ajoutent les 30% des familles qui vivent en deçà du seuil de pauvreté (sources : Profil sociodémographique : Montréal-Nord, édition mai 2009).

Enfin, le dernier facteur est lié à l’image que les gens se font à tort de ces jeunes participants de Montréal-Nord. Ce serait tout simplement mal les connaître. Car, ce qui est épatant chez eux, c’est leur désir d’entreprendre des projets, non seulement pour leur épanouissement personnel, mais aussi pour le bien-être de la communauté. C’est ce que suggère Rika Valmera Michaud, agente de sensibilisation à l’entrepreneuriat au CJE Saint-Laurent, et membre du jury : je crois que Montréal-Nord déborde de jeunes qui veulent faire une différence dans leur communauté. Ce concours à permis à plusieurs jeunes de s’illustrer comme acteur de changement dans leur communauté, afin de modifier l’image du public à l’égard de leur arrondissement.

Ces jeunes ont aussi fait preuve d’ouverture d’esprit, en balayant d’un revers de main la mauvaise image que le commun des mortels se fait à tort de l’entrepreneuriat, comme l’atteste René Vézina, journaliste au journal Les affaires : Le Québec a cette désagréable tendance à noircir le monde des affaires envers lequel on est plutôt suspicieux, ici. Ce n’est pas le premier choix de carrière des jeunes, tant s’en faut. Mais avec le temps, on apprend à relativiser. Le gout de devenir son propre patron se développe alors, souvent plus tard dans la vie. Et les ragots du mal pensant hostile aux affaires n’ont plus le même effet démobilisateur. (La relève entrepreneuriale existe, je l’ai rencontrée. Les Affaires, 21 mai 2011).

Toutefois, ce génie créatif semble être précoce et prononcé chez ces jeunes participants. Ils ont d’ailleurs accueilli avec ferveur la réalisation de ce concours, tel que le décrit Madame Marie-Smithe Michel : Ce fut cependant passionnant de voir non seulement la disponibilité avec laquelle ce projet fut accueilli par ces destinataires, les jeunes. Ces jeunes se sont impliqués de façon exemplaire, traduisant ainsi leur soif de mettre en exergue leur génie créatif.

Aussi, ces jeunes participants ont identifié des problématiques en lien avec leur quotidien et imaginé des pistes de solutions viables dans des secteurs d’activités divers. Culture, service à la personne, promotion féminine, etc. Ce que souligne Ludovic Ngaroussabaye, Agent de sensibilisation à l’entrepreneuriat jeunesse au CJE Centre-Nord, membre du jury:  je souhaite féliciter l’organisatrice de ce concours , Mme Marie-Smithe Michel, ainsi que les jeunes participants qui ont tous  su montrer à travers cette activité que même issu d’un milieu défavorisé, tout individu peut user de simples qualités enfouies au fond de lui pour apporter un plus à sa communauté à travers de beaux  projets entrepreneuriaux. Il s’agit là donc d’une initiative à encourager.

Finalement, les jeunes ont bénéficié d’un encadrement soutenu de Madame Marie-Smithe Michel, responsable du concours. Cette dernière les a aidés à valoriser et structurer une idée d’affaires, et reconnaitre les réalités du monde des affaires, comme le témoigne Roldens Julien, lauréat du concours : Je tiens tout d’abord à te (NDLR : Madame Marie-Smithe Michel) remercier aussi pour cette expérience. Ça m’a ouvert les yeux, pour savoir dans une entreprise à quoi je servirai le mieux. J’ai rencontré des entrepreneurs comme moi qui ont de belles idées aussi. J’ai aimé le fait qu’on puisse discuter tous ensemble de nos expériences et partager nos contacts. Ce que ça m’a rapporté aussi, c’est, le fait d’être jugé par des entrepreneurs, de voir ce qui est riche, à savoir comment ouvre-t-on un commerce ouvre un commerce ? J’ai d’autres idées de projet, maintenant je peux mieux les réaliser et savoir comment aller chercher les fonds pour ça. Merci encore !

Même son de cloche de la part de la part de M. Paul – Rumsky Lundy, coordonnateur du projet « Rêves d’artiste » au Centre des jeunes l’Escale : les jeunes de Rêves d’artiste sont aujourd’hui de nouveaux jeunes entrepreneurs qui ont la chance de faire vivre leur rêve, soit un studio mobile au Centre des Jeunes l’Escale. Grâce à l’aide Mme Marie-Smithe Michel ils ont développé des compétences et des connaissances sur l’entreprenariat et sur leurs biens faits. L’un des objectifs du projet Rêves d’artiste est de participer au développement personnel des jeunes.  [...] Ce projet innovateur a permis de mettre en confiance les jeunes du projet Rêves d’artiste et de croire en leurs compétences.

Aussi, consciente du fait qu’une flamme aussi vigoureuse soit-elle, le feu a besoin d’être entretenu en permanence. La « chef d’orchestre » du concours, Madame Marie-Smithe Michel, n’a pas manqué de justement le rappeler aux participants : vous êtes unique ! Un talent a été placé en vous qui vous est propre. Quelles que soient votre position, vos limites, il y a en vous la capacité de vous distinguer, d’exceller dans un ou plusieurs domaines. Mes chers jeunes, j’aimerais aussi que vous sachiez qu’il n’est pas trop tard pour exploiter vos talents ! Créez-vous des occasions, repoussez vos limites afin de les maximiser ! Il est certain que vous obtiendrez des résultats époustouflants, qui dépassent la compréhension humaine !

L’école est un véritable vivier d’apprentissage pour ces jeunes écoliers. Ne serait-il donc pas judicieux de les encourager à persévérer dans leurs études ? Ainsi ils découvriront d’autres avenues et glaneront un maximum de connaissances grâce auxquelles ils pourraient acquérir une maturité suffisante pour entamer sans ambages leurs projets de vie. Là aussi, L’agente de sensibilisation à l’entrepreneuriat au CJE Bourassa-Sauvé n’a pas manqué le signifier aux jeunes : Je vous encourage aussi à persévérer dans vos études, et comme dit l’adage «le chemin est long, mais la lumière est au bout du tunnel».   Alors, avançons tous vers cette belle lumière, pour que vive l’entrepreneuriat !

En définitive, ces jeunes participants du CJE Bourassa-Sauvé font de belles choses, des choses importantes qui changent leur vie. Des initiatives de ce genre, aussi modestes soient-elles contribuent à faire avancer lentement, mais surement le train de l’entrepreneuriat au Québec, pour le bienêtre de la communauté.